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Forum du jeu de rôle en php "Guerres de Course"
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 Sujet du message: Re: De la révolte d'Urbino: Interrogatoire des meneurs.
MessagePublié: Août 1st, 2013, 4:09 pm 
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Inscrit le: Décembre 22nd, 2012, 4:37 pm
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Les objets précieux furent apportés au pied du nonce comme les présents exotiques de peuplades lointaines au bas du trône d'un roi cupide et vaniteux. L'espagnol ne leur accorda aucune attention. Son regard restait fixement orienté sur les traits du prince, malmenés par une colère qu'il peinait à contenir.

Le jugement tomba alors et l’ecclésiastique fut étonné de son issue. Malgré sa très inconfortable position, l'ancien haut-fonctionnaire Remigio avait puisé dans ses ressources de stratège pour le tromper ses adversaires. C'était fort fâcheux, mais le problème majeur se posait moins pour lui que pour le duc Della Rovere. Callisto s'était défendu en jouant sa dernière carte et malgré l'ire qu'il venait de déclencher, Salvatore ne pouvait que saluer cet ultime et courageux acte.

Passant outre les provocations lancées par le prince, il attendit que le courroux de ce dernier s'apaise de lui-même et se baissa pour attraper une croix byzantine qui semblait venir tout droit du trésor de Constantinople.

Croyez-vous, cher seigneur, que l'on puisse acheter à un homme de Dieu sa volonté d'appliquer la justice divine? Pensez-vous que c'est en déversant à ses pieds et sans le moindre respect une myriades d'objets précieux conçus pour prier Dieu, que l'on peut le soudoyer comme un mercenaire ou le faire courber comme une catin?

Reproduisant le même geste de la main, il appela les serviteurs, les sommant de reprendre croix, reliquaires et pièces d'orfèvrerie.
Le visage de De Tormes s'adoucit alors.

Il est vrai que j'ai été dupé par le jeune Remigio, et il est certain que, de ce fait, il doit être puni. Cependant, quand vous dites avoir l'espoir que la population revienne dans le giron du Christ, vous vous fourvoyez. Car le matage de cette révolte n'a qu'une base: un soulèvement contre le seigneur laïque que vous êtes. Bien sûr, je ne suis pas en train de vous blâmer, mais n'oubliez pas que le soutien apporté par l'Eglise n'est que circonstanciel et que nous avons rempli notre par du marché.
Désormais, la famille Della Rovere est tributaire du Pape. Vous comprendrez naturellement qu'il est malvenu de votre part d'exiger quoique ce soit de plus d'un légat de sa Sainteté.


Remettant en place quelques pans de sa tunique, il poursuivit calmement.

Mais revenons à votre ancien dévoué Remigio. Une telle tromperie mérite la mort en effet, seulement, puisque je suis en mesure d'imposer mes conditions, je tiens à ce que le prisonnier soit exécuté par décapitation comme un homme de son rang. Il va naturellement sans dire que cela se fera dans l'intimité d'un comité restreint dont vous pourrez faire partie si cela vous sied.
Je ne vous cache pas qu'une virulente opposition à ces conditions mènerait à un rapport très défavorable à votre encontre.


Sur ces mots, il s'inclina, prêt à se retirer.

Maintenant, si vous le voulez bien, je vais m'entretenir de tout cela avec votre cher Remigio. Il se doit d'être au courant, après tout, l’exécution aura lieu demain matin.

_________________
Évêque de Tarragone
Nonce apostolique
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 Sujet du message: Re: De la révolte d'Urbino: Interrogatoire des meneurs.
MessagePublié: Août 30th, 2013, 11:49 am 
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Inscrit le: Décembre 22nd, 2012, 4:37 pm
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En ce début d'après-midi, la neige avait recommencé à tomber en redoublant d'ardeur. Accompagné d'une escorte de quatre gardes suisses, l'espagnol descendit les escaliers menant aux geôles du palais et s'arrêta devant celle de Remigio.
Trois coups secs donnés à la porte tirèrent le prisonnier de sa torpeur, puis les clés ouvrirent le mécanisme de la serrure. Le battant de bois s'écarta enfin et le nonce pénétra dans la pièce puante d'humidité.
Son visage était froid, ne laissant plus transparaître la moindre émotion.

Levez-vous, Callisto Remigio. Nous avons mis au jour votre supercherie. Mentir dans les circonstances où vous vous trouvez était un choix regrettable et ceux que vous avez tenté de protéger n'auront que retardé l'instant de leur arrestation.

Il tira alors de sa robe une lettre cachetée et pliée.

Vous avez fauté... gravement, devant l'autorité ducale mais aussi et surtout devant l'Eglise et le Pape. J'ai tenté de vous amener à avouer la vérité pour vous permettre de retourner auprès de votre famille. J'aurais tenu mon engagement si vous n'aviez pas affabulé. Malheureusement, au vu des évènements, je ne peux plus honorer ma promesse.

Prenant la missive entre ses doigts, il la déchira alors en plusieurs morceaux.

Vous serez exécuté demain matin par la hache du bourreau. Votre tête sera séparée de votre corps. Je vous aurez au moins évité de brûler en place publique. D'ici là, priez pour le salut de votre âme et pour que Dieu vous pardonne vos pêchés.

Une légère tension dans les muscles de la mâchoire sembla trahir subrepticement une expression de dissentiment. Cela ne dura que quelques secondes cependant.

_________________
Évêque de Tarragone
Nonce apostolique
Chancelier de l'Université de Salamanque


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 Sujet du message: Re: De la révolte d'Urbino: Interrogatoire des meneurs.
MessagePublié: Août 30th, 2013, 9:49 pm 
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Inscrit le: Février 4th, 2013, 5:50 pm
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Les larmes, malgré elles, montèrent au yeux de Callisto. Il ne sut les définir. Provenaient elles de cet insupportable sentiment d'injustice qui oppressait sa poitrine ? Provenaient elles de la vision de cette lettre déchirée, de cette terreur soudaine qui grandissait en son ventre lorsqu'il prenait conscience que jamais, son épouse, son épouse adorée, ne sauraient ce qu'il avait tant besoin de lui dire ? Ou tout à la fois. Il avait envie de frapper, de hurler, de massacrer ce maudit prêtre. Mais il tomba à genoux et il pria. Il ne priait pas pour le salut de son âme. Non. Il priait pour que son Seigneur lui pardonne. Lui pardonne sa seule et unique faute. Sa dernière et grande culpabilité. Celle qu'il emporterait avec lui. Celle d'avoir songer à son pays avant d'avoir songer à son épouse et à sa fille.

Il pria ainsi de longues minutes, laissant disparaître De Tormes, derrière cette porte de bois et d'acier. Cette porte qu'il ne franchirait désormais plus que pour aller mourir. Il priait et les minutes se firent heures. Quand cette porte se rouvrit, à l'aube, il priait encore.

- Mon Seigneur, Callisto Remigio, prononça le chef des prisons du Duc. Levez-vous. Vous avez été condamné à être décapité ce jour, par la justice de son excellence le Duc d'Urbino et par celle de notre très haut Seigneur représenté, ici bas, par sa Sainteté le pape. Levez-vous et suivez-nous.

Le geôlier ne put dissimuler une certaine émotion.

Callisto se redressa. Ses traits étaient tirés mais il semblait paisible.

- Avez-vous des paroles à formuler ? Un souhait ? Demanda l'homme.

- Dites à ma femme que je l'aime et à ma fille que je veillerai sur elle...

L'homme fit mine d'accepter sa requête mais il savait intimement qu'il lui serait difficile de l'exaucer... Il se fit une raison en se disant que son travail visait à rassurer le condamné afin que l'exécution soit la plus rapide possible...

Un prêtre les suivait et priait à voix haute. Il était si vieux et décharné que c'est la camarde, en personne, qui semblait le suivre en chuchotant.

Le couloir qui reliait la cellule au lieu d'exécution leur parut très long. Remigio les parcourut en fermant les yeux, tentant, sur les derniers mètres de sa vie, de revoir une dernière fois, mentalement, les deux amours de sa vie : son épouse et sa fille. Fouillant dans les méandres de son esprit et savourant chaque image que sa mémoire pouvait lui renvoyer.

L'exécution allait se dérouler dans la cour de la prison. Là, sur une petite estrade de bois, avait été disposé le billot. Remigio scruta nerveusement cette scène macabre à la recherche de son prédateur quand il l'aperçut, vers le fond, sous les traits d'un bourreau encapuchonné. L'homme qui allait lui décoller la tête semblait grand et fort. Cette pensée le rassura étrangement mais un vertige incontrôlable le saisit à cet instant, si bien que deux gardes durent le soutenir pour l'amener sur la scène de son propre crime. Il ôta lui-même la couverture qui lui servait de cape puis un garde lui déchira le colle de sa chemise de lin. Il frissonna en sentant la lame des ciseaux. On lui coupa également les cheveux de la nuque. Puis on l'étendit, le cou sur le billot. C'est à cet instant précis et seulement à cet instant qu'il ressentit de la peur. Et cette peur insurmontable répandit une étrange chaleur dans tout son corps.

Il jeta un dernier coup d'oeil sur l'assistance. Pour la plus part des hommes du Duc. Il se dit que ce serait la dernière vision de sa vie terrestre. Il aperçut rapidement De Tormes, dans le fond. L'écclésiastique ne semblait pas à son aise. Puis il trouva ce qui pouvait l'apaiser pour l'éternité. Son dernier regard, celui qu'il emporterait dans la mort, il le poserait passionnément sur son épouse.


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 Sujet du message: Re: De la révolte d'Urbino: Interrogatoire des meneurs.
MessagePublié: Septembre 1st, 2013, 10:14 pm 
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Inscrit le: Décembre 22nd, 2012, 4:37 pm
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Le jour s'était levé depuis près de trois heures quand le condamné Remigio fut mené dans la cour où il serait exécuté. Une petite vingtaine de personnes était présente, en majorité des proches du duc, nobles, officiers, secrétaires ou plus simples soldats. L'espagnol n'était pas dupe. A l'air satisfait qu'arborait les plus haut-fonctionnaires, il se savait en présence d'anciens rivaux. Callisto était intelligent. Dans l'épreuve des jeux de pouvoir, il avait du attiser leur haine et leur frustration. Mais aujourd'hui ils étaient là, pour assister à sa chute, et leur triomphe si peu dissimulé en était saisissable.
Guidobaldo Della Rovere, lui, n'était pas présent, ou, du moins, pas physiquement. Il n'y avait guère besoin de regarder les fenêtres du palais pour savoir qu'il observait tout le déroulement des faits depuis l'une d'entre elles.

Une rare présence féminine attira alors le regard de l’ecclésiastique, bien que ce dernier ne trahisse en rien ses vœux, ni son allégeance à une réforme vieille de cinq-cent ans. Âgée d'une trentaine d'années, la femme avait le visage livide et les traits tirés. Pourtant, malgré sa douleur, elle restait droite était digne. Ainsi, c'était donc elle, l'épouse du plus controversé et charismatique meneur de la révolte.
Peut être se perdit-il trop longtemps dans sa contemplation car la femme, se sentant observée, tourna les yeux vers sa direction. Prit en faute comme un jeune séminariste par un supérieur, le nonce rompit l'échange, gêné, à l'instant où Callisto venait de chuter. Un gémissement étouffé se fit entendre à sa droite mais il n'y prêta plus attention. A présent, son attention était entièrement concentrée sur Callisto.
Celui-ci fut mené sur l'estrade et "préparé" avant d'être amené sur le billot. Armé d'une hache à bords larges, le bourreau en amena la lame contre la nuque du condamné et la leva au-dessus de lui.
Des clameurs d'approbation haineuses fusèrent de tout côté et De Tormes ferma les yeux. Il ne vit pas la hache retomber et trancher la tête du prisonnier. Les bruits lui suffirent plus que de raison...

- Mort aux traîtres! s'écria un noble survolté. Vive Della Rovere !

Il fut rejoint par une dizaine d'autres qui crachèrent des insultes au cadavre encore secoué de spasmes. La foule, rassasiée, commença alors à se disperser, et le nonce fut saisit d'un vertige. Il avait souhaité au condamné une mort rapide, pas une humiliation de plus.
Des boucles de cheveux blonds filèrent loin de lui et il se ressaisit pour rattraper la désormais veuve de Remigio.

Ma donna! l'interpella-t-il.

Quand elle se tourna, les yeux rougis de larme, elle vit l’ecclésiastique presser le pas, essoufflé. Il ne semblait accompagné d'aucun garde.

- Vous! s'exclama-t-elle pleine de rage. Vous osez me parler alors que vous avez condamné à mort mon époux! Que la honte soit sur vous ! Pourquoi n'allez-vous pas fêter votre victoire avec cette pitoyable assemblée de chiens qui crachent sur le corps de mon mari ?

Ma dame, commença-t-il le plus calmement possible pour tâcher d'apaiser la tension. Je ne vous prie pas de me pardonner mais seulement de m'écouter un instant. Je viens vers vous à la demande de votre époux.

- Taisez-vous, regardez-vous ! Vous m'avez prit l'homme que j'aime et vous voilà pathétique ! J'ai vu ce qu'était la justice des hommes. Elle met à mort ceux qui veulent sauver un peuple, qui se battent pour une juste liberté et qui sacrifient tout afin que les leurs puissent vivre décemment. Au moins Dieu, Dieu dont vous êtes l'indigne serviteur, saura reconnaître les plus valeureux et juger les tyrans.

Salvatore De Tormes, nonce apostolique papal, ne rétorqua pas. Il se contenta simplement de sortir de sa robe une lettre cachetée et de la tendre à la jeune femme.

Voici la dernière lettre, écrite de la main de Callisto, l'avant-vieille de sa mort. Conservez-la précieusement.

La veuve eut un instant d'hésitation, puis s'empara de la missive qu'elle décacheta et déplia. Elle parcourut des yeux les premiers mots et ses mains se mirent à trembler. Des larmes roulèrent sur ses joues mais elle se détourna et quitta l'évêque d'un pas rapide, sans plus rien ajouter.

Prenant une grande inspiration, le nonce lutta contre la sensation de vertige qui s'emparait de lui. Il sentit ses jambes se dérober sous lui et gagna de justesse un banc sur lequel il s'assit lourdement. Il avait réussit à agir hors de la cour et du regard de Della Rovere.
Son absence se remarquerait en quelques instants et dix minutes plus tard, une escorte le ramènerait dans ses appartements, sous bonne garde. Mais quelle sépulture pouvait espérer Remigio?
Son regard vacillant se leva vers le ciel d'un bleu clair et pur. Il ferait froid aujourd'hui.

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